Dimanche 10 mai 2009
7
10
/05
/Mai
/2009
21:43
Avant même de créer une entreprise, la première fonction de l'école devrait être d'apprendre à entreprendre...sa propre
vie.
J'ai une dent contre l'école et pas une canine de poule !
Non pas que j'aie dû subir la situation douloureuse du cancre mais bien la situation du rebelle qui, comme d'autres, a dû s'armer de patience pour sortir de
ce chaos avec un diplôme d'ingénieur et un troisième cycle en poche mais frustré au plus haut point de tout ce temps perdu...C'était il y a 20 ans.
L'école a vieilli, vite et mal. Elle est désuète et inadaptée à quasiment tout. Elle dispense du savoir et des connaissances là où il faut apporter des modes
d'apprentissage et du comprendre (le savoir est en ligne sur Internet). Elle situe son action sur la dimension de l'intellect et du corps mais pas du tout sur les dimensions psychologiques,
sociales et spirituelles pourtant bien plus fondamentales. Elle occupe le temps et l'espace dans un cadre fermé et collectif là où elle devrait au contraire libérer des espaces hors du temps pour
que chaque élève puisse démarrer le premier et peut-être le seul des apprentissages qui lui sera vraiment profitable : se connaître soi-même.
Qui dit aujourd'hui à nos enfants de quoi ils sont faits ? Ce que sont les différentes dimensions de l'être ? Comment les apprivoiser, les connaître, apprendre à
s'en servir tout au long de sa vie ? Jeunes, ils entrerons dans cette expérience tellement vite. Plus vieux, ils ne seront pas épargnés par la souffrance des épreuves de la vie mais ils sauront
comment fonctionne l'être humain qu'ils sont.
20 ans plus tard, seules dans la vie me semblent fondamentales les lignes d'action du don de soi
et de la création. Elles sont le secret d'un bonheur durable et sans
cesse croissant. Elles appartiennent à la dimension de l'être. Créer est la dignité de l'être humain. Il faut qu'il en ait les moyens et la capacité.
Oh bien sûr, ces qualités fondamentales de la vie ne vont pas sans techniques ou sans "bagages" mais surtout, surtout, que ces techniques, ce bagage ne
viennent qu'après que ceux qui enseignent aient pris soin de faire naître les premiers fondements de l'être
dans toutes ses dimensions structurantes et indispensables à la croissance d'un être humain solide, autonome et libre.
J'engage ici un débat par avance interminable dans lequel on ne manquera pas de m'objecter que l'école est faite pour préparer des adultes à la vie active et sociale, que les enseignants ne sont
pas formés à cela...Certainement. Mais quoi que l'on m'oppose, le constat est le même : les 15 à 25 premières années de l'être humain occidental sont consacrées à "savoir pour avoir" au lieu de "comprendre pour être".
C'est presque un choix de société qui se fait ici. Personnellement, c'est la raison pour laquelle je suis devenu entrepreneur, c'est la raison pour laquelle j'écris dans ce blog, c'est la raison
pour laquelle je ne suis qu'au début d'une lutte à vie pour rétablir un équilibre perdu et dont les conséquences sont extrêmement graves pour l'avenir de nos sociétés.
L'école est le berceau social de l'être. Il y apprend à exister, il s'y individualise et s'y socialise tout à la fois. Mais dopé à la sanction de la réussite, pris dans une démarche qui devient
égoïstement matérielle, l'être est très vite étouffé dans une perspective où la sortie est d'avoir : avoir son diplôme, avoir une situation, avoir une famille, avoir de l'argent, avoir une
position sociale...
Vers l'âge de 7 ans, les enfants (si l'on n'enferme pas en eux cette capacité innée, spontanée et qui ne demande qu'à éclore, de s'interroger et d'être curieux) sont en demande d'autre chose, de
plus, de mieux. Ils ont soif de nourrir une dimension d'eux-mêmes qu'ils pressentent mais que bien peu d'adutes ont eu l'occasion d'expérimenter eux-mêmes, y compris les enseignants. Ils se
heurtent pas conséquent à un mur de médiocrité quand ce n'est pas un mur de bêtise ou d'autorité abusive que manifestent si souvent les adultes sur les enfants.
Les enfants nous apprennent, ils sont nos guides, nous font grandir à condition bien sûr de nous remettre en cause et d'écouter (c'est pour cela qu'il faut respirer et faire silence - cf. autres
articles plus haut).
L'école ne doit plus être un endroit où des adultes en charge d'enseignement, souvent étriqués dans leur vie, bien en-dessous du niveau qu'il faudrait avoir pour guider l'avenir d'un peuple,
maintiennent à grand renfort d'autorité confortée par l'institution, nos enfants la tête sous l'eau dans le flot de l'inutile, du surchargeant, du détail, et finalement, du grossier.
Les parents que nous sommes sont les premiers responsables de cette situation. C'est d'abord à nous de faire ces apprentissages. Il ne s'agit pas d'incriminer le corps enseignant en lui
reprochant de ne pas remplir une commande que nous ne lui avons pas faite. Il ne s'agit pas non plus d'obtenir un sauf-conduit pour une école d'élite (internationale, privée, Montessori,
Steiner,etc...). Il s'agit de modifier la commande. Nous sommes les clients du système éducatif, et pour citer Coluche (c'est ma préférée) : "il suffirait que l'on n'en achète pas pour que ça ne
se vende plus"...
Dans les pays pauvres, je suis souvent surpris de voir à quel point les femmes sont les gardiennes du tissu social, du lien familial, de l'initiative économique et associatif. J'y vois vivre
pleinement cette dimension de l'être car là, il n'y a pas d'avoir, il n'y a que la misère. C'est par les femmes que cette dimension de l'être existe le mieux dans les pays pauvres. Je n'en dirais
pas tant dans les pays riches où là c'est tout le contraire : les femmes sont obsédées par la réussite sociale de leur progéniture, hystériques de la compétition (même si souvent elles s'en
défendent). Trois mauvaises notes ? vite, coachons à domicile le cher enfant...c'est même devenu un lucratif business.
Sauvons nos garçons, et aussi sauvons nos filles, plus sensibles et plus ouvertes à l'être. Plus exposées à l'hystérie et au paraître aussi quand l'environnement l'y pousse.
Ce dont nous avons besoin, c'est de réinventer l'école. Totalement.